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Alexandre Rou : le conteur du cinéma soviétique

Kachtcheï l’immortel (1944), Кащей Бессмертный

Kachtcheï l’immortel (1944) est la quintessence du film de conte russe. Il n’y a pas un seul plan, un seul dialogue, une seule chanson qui ne célèbre l’âme russe. Tout est symbolique, premier degré, iconisé, taillé dans le marbre pour l’éternité, comme les héros des films de sabres hongkongais. D’autant que par certains côtés, Kachtcheï l’immortel peut également se regarder comme un film de propagande. Si les précédents films d’Alexandre Rou pouvaient également proposer une image idéalisée de la Russie à travers les codes du conte, ce film va bien plus loin et s’offre aux yeux du spectateur comme un remarquable exercice de style. Rou applique à la perfection les codes du conte et les magnifie dans une bien belle réalisation.

Comme à son habitude, Rou s’inspire de plusieurs contes pour son film. Ce film présente la particularité d’avoir été tourné pendant la guerre, et le moins que l’on puisse dire c’est que cela s’en ressent. Alors que les autres films étaient légers, avec dans le pire des cas, la capture d’une femme pour la marier (beaucoup de contes développent ce propos) voire sans méchants, Kachtcheï l’immortel fait figure d’exception. Alors que dans les contes, le personnage de Kachtcheï est surtout un kidnappeur de femmes pour les épouser, Rou a l’intelligence d’utiliser le personnage comme symbole du mal absolu. Soyons direct : le but de Kachtcheï est de transformer les rivières en torrents de boue et de réduire les champs de blé en cendres. Il se définit d’ailleurs dans le film comme le maître du monde. De là à identifier Kachtcheï aux Allemands il n’y a qu’un pas…

Kachtcheï l’immortel est un film de tous les extrêmes. D’abord, pour son message très patriotique. Il est possible que ce soit un film de commande. « On sait que le scénario fut d’abord mal reçu par la Censure, qui le jugea « inadapté » car trop imprégné de l’actualité et presque trop patriotique dans ses élans lyriques » (source). Il faut le faire. Le début du tournage, quant à lui, commença dès 1942. Mais la guerre et le manque de moyens allongèrent drastiquement la durée de la réalisation. Le village, au début du film, a été construit de toutes pièces dans l’Altaï qui aurait séduit Alexandre Rou pour la beauté de ses paysages. Cela contraignit le réalisateur et ses acteurs à parcourir plusieurs milliers de kilomètres, alors que l’équipe était au Tadjikistan, zone où le studio déménagea en urgence à cause de l’avancée allemande.

Mais revenons au commencement. L’histoire commence comme le précédent film, sur un conteur qui au son de son instrument raconte une histoire. Elle prend place dans un de ces jolis villages de contes russes avec leurs maisons en bois. Maria, la princesse (jouée par Galina Grigoreva qui n’a eu qu’une petite carrière) qu’il faudra sauver, se languit de son aimé Nikita (une nouvelle fois interprété par Sergueï Stoliarov) qui est parti à la guerre.



Pendant ce temps-là, on célèbre au village le retour du printemps avec musique et danse. L’heure est à la poésie. Comme toujours, le film s’ouvre donc sur une joie de vivre : le village est aussi apaisant que celui des Schtroumpfs, on chante l’amour, la nature revit, tout cela à la gloire de la terre russe. Même si Maria ne chante pas dès qu’on la voit, le village le fait pour elle… Un des chanteurs se propose de faire la cour à la belle. Charmée, elle accepte à condition que celui-ci trouve la réponse à ses trois devinettes. Il se trompe à la troisième. Il trouvera la réponse plus tard, dans des circonstances tragiques. L’une de ces devinettes permet d’introduire subtilement le personnage du héros de toutes les Russies au moyen d’un flashback et d’une belle transition : Nikita !

Et alors là, nous pénétrons dans la célébration pure, le plan d’introduction de Nikita est un modèle du genre. Le héros, dressé sur son cheval blanc, tenant à la main l’arbre russe par excellence dans les contes : le bouleau, pousse un cri de sa voix puissante. Un joli panoramique nous montre une magnifique étendue d’eau se chargeant de lui répondre. La nature russe est glorieuse. Fatalement, implacablement, irrémédiablement, la scène suivante est toute trouvée : chanson !


Voici Nikita, qui, passant à travers une magnifique forêt de bouleaux superbement filmée, pousse la chansonnette. Mais cette fois, il ne s’agit pas de chanter la liberté comme dans Le Petit cheval bossu, mais le retour de la guerre : « C’est si bien de rentrer chez moi, du champ de bataille couvert de gloire. » C’est dit, la thématique principale sera la guerre. Du coup, on comprend en même temps que les femmes esseulées du village attendent le retour de leurs hommes partis au front, que ce soit dans le conte comme dans la réalité… Une métaphore que l’on peut retrouver également dans La Belle au bois dormant de Walt Disney. Toute la chanson se déroule dans la magnifique forêt russe, chaque plan est plus beau que le précédent. On peut effectivement penser, en voyant le film, que la Russie est sans conteste le plus bel endroit sur terre !


La scène se conclut près d’un cours d’eau où Nikita entretient une discussion avec un crapaud, probable clin d’œil à Vassilissa la Belle. On revient au village, où tout naturellement, Maria se met à chanter comme si elle avait entendu la chanson de Nikita. Et arrive LA scène du film. On sent que Rou a réellement bien penser sa mise en scène, tant ce premier quart d’heure, infiniment doux, va se faire violer par la scène suivante, d’une grande noirceur. Alors attention, ce n’est pas la terreur absolue, c’est même tout à fait regardable, mais pour un film de conte russe, c’est violent, presque horrifique, ce que suggère également le traitement visuel de Kachtcheï lui-même plus tard.

La colombe envoyée par la belle, tombe une flèche dans le cœur ! La musique change, le vent charge une odeur de sang, se profile à l’horizon une horde de cavaliers casqués, précédés par les flammes et les nuages noirs. Il faut savoir que pour le besoin du film, le décor fut incendié. Bien plus, un champ de céréales a réellement été brûlé… Alexandre Rou demanda l’autorisation à Moscou qui la lui donna. Dans un contexte de guerre, on s’interrogera sur la pertinence d’un tel acte, le besoin du réalisme au nom de l’art…



Toujours est-il que les cavaliers évoquent, encore une fois bien avant, les Nazgûl de Tolkien, je pense en particulier au mal aimé film d’animation de Ralph Bakshi, qui avant Peter Jackson, adaptait Le Seigneur des anneaux en film d’animation en 1978. Après leur passage, il ne reste que cendres, le village dévasté, la belle capturée, les femmes violées, les enfants égorgés… Non, bien sûr que non, pour les deux derniers, cela n’est pas montré, on reste dans un conte. Néanmoins, je doute que des cavaliers sanguinaires tombant sur un village de femmes, toutes plus belles les unes que les autres, n’en profitent pas. Toujours est-il que le résultat est estomaquant, il est si rare de voir un sujet aussi grave dans un film de conte. Ce qui en fait un des meilleurs à mon avis, dans le sens où pour une fois, le film dégage une vraie intensité, il y a réellement de la tragédie, de l’enjeu, de la mort, et pas juste une femme kidnappée. Ici, la terre saigne, réclame vengeance. Il y a un ennemi tout-puissant : Kachtcheï l’immortel, qui répand le malheur et le sang. J’aime l’atmosphère des contes russes tout en naïveté et gentillesse, mais un enjeu supérieur, c’est pas mal de temps en temps.

Avant d’arriver au village, Nikita découvre dans la forêt, agonisant, le corps du prétendant poète. Ce dernier, alors que Nikita le tient dans ses bras, finit par trouver la réponse à la dernière question de Maria : « C’est la terre natale qu’il faut aimer, plus que ses parents, plus que la vie. » Cette phrase, prononcée au seuil de la mort, pourrait résumer toutes les histoires de contes et de bogatyrs, tellement elle contient en elle seule la substance de ces histoires : la célébration de la terre russe, de son âme. On comprend mieux pourquoi Staline a donné son accord, alors que régnait le réalisme socialiste, pour porter les contes à l’écran. Ce n’est pas seulement pour les enfants. Les contes contiennent en eux, dans leurs racines, le secret de l’âme russe, l’héritage culturel et spirituel que même la Russie soviétique n’a pu, n’a pas voulu, effacer. Au contraire, cette célébration de l’âme russe dès les premiers films de contes, quelques années avant la Seconde Guerre mondiale tombe à point nommé pour réunir le peuple sous une seule bannière. Et pour preuve, la terre pleure. Lorsque le poète meurt, Nikita est affligé d’un grand chagrin, même le bouleau dressé au-dessus de Nikita ploie ses branches en signe de deuil… La terre répond au deuil de Nikita. Nikita est la terre, bogatyr et incarnation de l’âme russe. Tout cela ne fait qu’un. Nikita est devenu le champion de la Russie. La scène est intense, belle, admirablement poétique et tellement symbolique ! La terre pleure, saigne, se recueille et appelle à la vengeance. La terre russe appelle ses enfants à la rescousse… Braves Nikita, abandonnez vos femmes et vos enfants, venez défendre votre patrie ! Admirable film de propagande, si différent des films de Poudovkine et de Eisenstein et pourtant…



L’arrivée de Nikita est encore une fois magistralement filmée, seul au milieu d’un village en flammes, il ne peut que constater son impuissance. Au moment de partir exercer sa juste vengeance, un petit champignon lui vient en aide exacerbant au passage le patriotisme de Nikita : « Les Russes sont connus pour leur courage exceptionnel ». Avec sa bénédiction, il se met en quête de la tanière du démon. Ainsi se conclue la première et la meilleure partie du film. La suite reprendra son habituel traitement léger et parfois comique.



Après avoir beaucoup marché, Nikita arrive dans une ville orientale sous le joug de Kachtcheï. La présence d’une ville à consonance arabe n’est pas sans évoquer le sultan du premier film de Rou. Cette séquence sera principalement comique et semble servir de transition avant l’affrontement tant attendu. Un homme est condamné à la peine de mort : Boulat le loustique, sorte de Douglas Fairbanks soviétique (pour son rôle dans le célèbre film Le voleur de Bagdad) est condamné à mort. Mais, Nikita le libère et ils font vol ensemble jusqu’à la forteresse du méchant en tapis volant. L’occasion pour Rou de s’adonner à sa passion : moquer les puissants de ce monde. Le roi local est une coquille vide dont ses serviteurs doivent secouer la tête pour lui faire dire oui. Exactement comme le roi de Lilliput dans le film d’animation Le Nouveau Gulliver (1935) d’Alexandre Ptouchko qui devait bouger les lèvres en même temps que l’on passait un disque avec un discours dessus… De même, le juge suprême avec son costume ridicule qui se voit répondre par un âne quand il parle… Toujours de l’irrévérence de bon cru…




Les deux héros pénètrent ensemble dans l’antre de Kachtcheï, et enfin le monstre apparaît. D’abord sous la forme d’un vautour. Puis sous sa véritable apparence. Encore une fois, le méchant est joué par le talentueux Gueorgui Milliar qui donne à son personnage une prestance solennelle, le dotant quasiment de vie, il est Kachtcheï. Il ne le joue point, il l’incarne, démontrant encore une fois sa capacité à interpréter de façon très personnelle. Il lui donne des mimiques, des expressions, une posture qui, avec son dos droit et son cou rentré, évoque le vautour précédent. Mais il est aussi une autre raison pour laquelle il est particulièrement convainquant. Kachtcheï est censé être une sorte de cadavre vivant squelettique. Or, il se trouve qu’au moment du film, Milliar souffrait du paludisme et pesait « 45 kilos avec des bottes » comme il le disait lui-même. Son apparence se prêtait donc à merveille au rôle du redoutable immortel. De surcroît, il se rasa même les cheveux et les sourcils, tout en s’imprégnant des représentations du diable dans la peinture religieuse russe. Il était particulièrement convainquant en Kachtcheï de par sa pâleur et sa maigreur… D’ailleurs, l’apparition de Kachtcheï est proche du film d’horreur, avec son traitement en contraste d’ombre et de lumière inspiré du cinéma expressionniste allemand. « Plus tard, l’acteur s’amusa à raconter que même les chevaux avaient peur de lui, à tel point qu’il fallait leur bander les yeux pour le tournage. » Un Robert de Niro avant l’heure 😊!



Le méchant réveille Maria qu’il avait endormie. Celle-ci, fidèle à toutes les princesses russes, défend son honneur et ne reste pas inactive. Comprenez, malgré le manichéisme du film, elle sait se montrer utile, n’est pas tout à fait une potiche disneyienne. Bien sûr, elle l’est en grande partie, mais bon, elle se permet quand même de répondre à Kachtcheï quand ce dernier lui demande de l’épouser : « Il me faut une longue corde et une branche solide pour te pendre dessous. » Voilà, ça c’est fait. C’est également elle qui lui fait dire la vérité sur sa mort, car en effet Kachtcheï n’est pas exactement immortel. Son cœur se trouve enfermé dans une série d’objets imbriqués les uns dans les autres à la façon des matriochkas. Tant qu’il y repose, il ne craint rien. Selon les contes, comme dans ce film, les objets changent et peuvent être vivants ou inertes. Il faut donc trouver la mort de Kachtcheï ou son cœur pour le vaincre.



Les dés sont jetés. Boulat ira chercher le cœur, pendant que Nikita livrera combat. On touche là l’un des points faibles des films de contes russes : les combats ou les guerres. Généralement sans crédibilité, quand ils ne sont pas comiques et gores comme dans Le Géant de la steppe de Ptouchko. Nous savons dès le début que Nikita doit gagner comme tout bon bogatyr, le doute n’est même pas envisageable. Mais dans ce film à la tragédie marquée, à l’enjeu si grand, face à un ennemi qui dit de lui-même : « Je suis le seigneur du monde. J’ai construit le pilier de la terre et je peux changer l’univers. » On serait en droit d’attendre, quitte à ce que soit la seule fois, un combat digne de ce nom, savamment chorégraphié et pas cette espèce de passe à cheval jamais prenante. On peut au mieux constater l’immortalité de Kachtcheï dont la tête repousse. J’admets que le méchant est sur le point de l’emporter avant de s’effondrer définitivement. Mais devant un combat si mou, on a déjà décroché. Je suis peut-être mauvaise langue, tant sur tout le reste le film est bon, c’est juste que cette fin est décevante. Même si, au cours du combat, l’acteur Sergueï Stoliarov frappa accidentellement le crâne de Milliar avec une épée en bois, lui provoquant une commotion cérébrale. Comme quoi, on peut ne pas être crédible dans la mise en scène, mais se faire très mal malgré tout. Le réalisateur se permet une dernière fois une harangue à la gloire de ses trois héros sur fond d’un chœur orchestral : « Vive le courage et l’honneur ! Vive notre pays ! Vive la vérité ! Vive la victoire ! Vive la Russie éternelle ! Gloire ! Gloire ! Vive la Russie éternelle ! Vive Staline ! » La dernière est de moi… Juste pour vous montrer qu’on n’est pas loin de la célébration du grand chef soviétique. Une véritable prière en même temps qu’un programme de guerre. Gloria adaptée à la Sainte Russie ! Le patriotisme appliqué par les contes.


Kachtcheï l’immortel fut « projeté massivement dans toute l’Union Soviétique, quelques jours seulement après la capitulation allemande, le film remporta un succès considérable, qui continue d’être entretenu par de multiples rediffusions télévisées, une restauration en 1980 et une colorisation » (source : https://perestroikino.fr/2021/12/24/kachtchei-limmortel-1945/)

L’auteur de cet article reproche au film son accent par trop patriotique et son début trop fleur bleue qui alourdit l’ensemble, mais pourtant… Cet accent nationaliste dégoulinant est l’un des intérêts de ce film qui le différencie des autres. Cela le rend au contraire unique dans les films de contes russes. Remis dans son contexte, il devient un formidable témoignage du conte au service d’un discours propagandiste faisant la part belle à la défense de la terre russe et au courage de l’âme russe. Quand un élément caractérise à ce point un film, il devient incontournable. C’est également ce contexte guerrier qui explique la solennité du film, la mort d’un héros, et la vision d’apocalypse des armées de Kachtcheï semant le chaos, encore une fois rarissime dans un film de conte russe. Et puis, ne soyons pas naïfs, beaucoup de films de contes russes vendent un nationalisme plus ou moins déguisé, il est juste ici plus forcé, moins poétique, plus hymnique.

Que dire également des chants d’amour dégoulinants de paroles sirupeuses au début du film ? Je ne sais pas, ces chansons d’amour et cette naïveté me ravissent moi. D’autant que ce ton et cette légèreté sont souvent en vigueur dans les films de contes russes. Peut-être cette personne n’aime-t-elle tout simplement pas les contes… Ces caractéristiques ne sont-elles pas aussi présentes dans d’autres films ? Ne sont-elles pas aussi présentes dans les comédies musicales américaines de Gene Kelly ? J’aime beaucoup le film Un Américain à Paris (1951) … Aussi, pourquoi cette critique s’acharne-t-elle sur ce film en particulier alors qu’il est justement un film de conte à part dans le cinéma soviétique ? Se fait-il sanctionner pour son ton trop nationaliste ? En ce cas, qu’aurions-nous fait, nous Français, si nous avions réalisé le film ?



La fiche kinoglaz du film : https://www.kinoglaz.fr/index.php?page=fiche_film&lang=fr&num=345



Tables des matières

1.Introduction
2.Par le vœu du brochet (1938), По щучьему веленью
3.Vassilissa la Belle (1939), Василиса Прекрасная
4.Le Petit cheval bossu (1941), Конек – горбунок
5.Kachtcheï l’immortel (1944), Кащей Бессмертный
6.Une nuit de mai, ou une noyée (1952), Майская ночь, или утопленница
7.Le Mystère d’un lac de montagne (1954), Тайна горного озера
8.Un cadeau précieux (1956), Драгоценный подарок
9.Les Nouvelles aventures du Chat botté (1958), Новые похождения кота в сапогах
10.L’Habile Maria (1959), Марья-Искусница
11.Les Veillées dans un hameau près de Dikanka (1961), Вечера на хуторе близ Диканьки
12.Au Royaume des miroirs déformants (1963), Королевство кривых зеркал
13.Le Père Frimas (1964), Морозко
14.Feu, eau et… tuyaux de cuivre (1968), Огонь, вода и… медные трубы
15.Barbara la fée aux cheveux de soie (1969), Варвара-краса, длинная коса
16.Les Cornes d’or (1972), Золотые рога
17.Conclusion

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