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Le Vieux Khottabych

Le Vieux Khottabych (Старик Хоттабыч), édité chez nous par Artus Films, est un film qui rencontra un grand succès en URSS à sa sortie puisqu’il fit environ 40 millions d’entrées en 1957. Le film relève d’un genre particulier, rencontre entre le conte et le film éducatif, une spécificité soviétique. Il est également notable pour son mélange des Mille et Une Nuits et d’époque contemporaine. Il a été réalisé par Gennadiy Kazanskiy, bon réalisateur soviétique de cinéma populaire, connu en particulier pour un film de science-fiction et une adaptation de conte sur lesquels je reviendrai plus bas.

Si le film est comparé, dans une certaine mesure, au film est-allemand L’histoire du petit Muck (lui aussi édité par Artus Films), réalisé en 1953 par Wolfgang Staudte, c’est avant tout pour sa qualité et l’inspiration de l’univers des Mille et Une Nuits. Il faut également savoir que L’histoire du petit Muck, a été le plus gros succès d’un film en Allemagne de l’Est (12 millions de spectateurs sur 18 millions d’habitants). Au fond, les deux long-métrages possèdent tout de même des différences notables. Si L’histoire du petit Muck propose un conte dans lequel un enfant bossu, cherchant la quête du bonheur, prend réellement place dans un univers oriental et ancien, Le Vieux Khottabych, lui, ne s’y prend pas de la même manière. Par contre, il est vrai que les deux films dispensent une morale et un discours en phase avec les principes socialistes. Avec, tout de même, un discours beaucoup plus prononcé du côté soviétique dans Le Vieux Khottabych.

Le scénario propose de mélanger deux époques : l’URSS contemporaine et la présence de l’Orient ancien représenté par le djinn. Un choix judicieux et subtil, dans la mesure où la présence du génie, loin d’être seulement source d’émerveillement, va surtout être prétexte à une leçon idéologique pour montrer la supériorité de l’URSS sur une culture à l’idéologie discutable.



D’ailleurs, si l’univers des Mille et Une Nuits vous intéresse, les Soviétiques ont fait d’autres incursions dans ce domaine. Citons quelques films live intéressants : Aladin ou la lampe merveilleuse (Волшебная лампа Аладдина,1966) réalisé par Boris Rytsarev, ainsi qu’une trilogie directement basée sur Les Mille et Une Nuits dont le premier film est Une autre nuit de Shéhérazade (И еще одна ночь Шахерезады, 1984) réalisé par Takhir Sabirov qui s’occupa des trois films. Certains passages de cette trilogie s’inspirent d’ailleurs beaucoup des films américains sur Sinbad auxquels participa le fameux génie des effets spéciaux : Ray Harryhausen. Rajoutons enfin un beau drame en costume qui se déroule en Géorgie puis en Égypte (sans fantastique) : Le Mamelouk (Мамлюк) réalisé en 1958 par David Rondeli. On peut même évoquer le cinéma d’animation, avec entre autres Le Calife cigogne (Халиф-аист) réalisé en 1981 par Valery Ugarov.

Mais revenons au film qui nous intéresse. Un jour, un jeune pionnier, Volka, trouve une ancienne amphore au fond de l’eau, demeure d’un génie vieux de plus de 3000 ans : le vieux Khottabych. On pourrait s’arrêter là en réalité pour le scénario du film, car le reste ne sera que péripéties sympathiques et leçons éducatives sur les valeurs soviétiques.

En effet, Le Vieux Khottabych s’inscrit dans une longue lignée de films de propagande. Par exemple, la présence de jeunes pionniers comme héros, à savoir Volka et son ami Zhenya est héritée en droite ligne des films des années 1920. L’organisation des pionniers, fondée en 1922, s’inspire du scoutisme mais sans la connotation religieuse. Son objectif « était l’éducation idéologique, patriotique et militaire de la jeunesse » (source Wikipédia). Les jeunes pionniers devaient servir de modèles aux enfants soviétiques auxquels les films dont ils étaient les héros étaient destinés. On les retrouve parfois dans d’autres films où ils sont évoqués comme ceux de Dziga Vertov. Ils sont aussi présentés comme des héros redresseurs de tort dans le film d’animation The thief (1934), où un voleur (un individualiste) s’emparait du travail de la communauté. Un jeune pionnier se chargera de le retrouver et de le punir. Ou encore, citons le long-métrage d’animation Le Nouveau Gulliver (1935) d’Alexandre Ptouchko dont le héros, Pétia, était également un pionnier. Si le choix est fait ici d’avoir des pionniers pour héros, c’est tout à fait cohérent.

En comparaison, les films de contes se déroulant dans un passé médiéval russe fantasmé, avaient souvent pour héros des bogatyrs, des chevaliers ou encore des gens simples, mais adultes. Comme c’est le cas des films d’Alexandre Ptouchko (dont on peut retrouver plusieurs titres chez Artus Films) ou ceux d’Alexandre Rou. Seulement, le but de ces films était surtout d’exalter la fibre nationaliste, de vanter les valeurs universelles de courage, de bonté ou de simplicité… Une propagande, mais tout en douceur, et après tout innocente et merveilleuse. Au fond, rien de bien précis. D’ailleurs, cette utilisation des films de contes comme amplificateurs de la fierté russe remonte aux années 1930 avec l’impulsion de Staline.

En revanche, Le Vieux Khottabych va beaucoup plus loin dans l’idéologie et dans la présentation de l’URSS comme une terre promise. Le film va démontrer point par point l’avancée soviétique à tous les niveaux entre avant sa création et son époque. Il s’agit de confronter le présent réel et le passé (grâce au génie) toujours à l’avantage du premier. C’est une stratégie très efficace pour démontrer les avancées d’une période sur la précédente.

Dès les débuts du régime, l’Union soviétique chercha à légitimer le nouveau système, avec par exemple des films sur la révolution d’octobre 1917. Dans ce genre, les films de Poudovkine et de Eisenstein restent les références. Mais d’autres films sont plus clairs et plus didactiques dans leurs messages.

C’est le cas du film d’animation Le Petit Samoyède (1928) dont je parle ici. Dans ce film stylisé, le but était de montrer qu’une population indigène, considérée comme arriérée, pouvait être « soviétisée » (comprendre civilisée) par le progrès et la lumière socialiste. En effet, ce peuple croit en un chaman qui, en réalité, manipule la population pour s’en mettre plein les poches, profitant ainsi de sa crédulité. Mais l’URSS est là pour apporter la lumière, si bien que le héros du film goûtera d’une joie sans borne le savoir et le progrès, boudant ses racines, qui après tout étaient fausses, mystiques et trompeuses. L’URSS aime ce genre de comparaisons de l’avant/après. Mais il ne l’utilise pas seulement dans le cinéma animé.

Prenons le cas d’un célèbre film live tourné en 1929 par Friedrich Ermler : Un débris de l’empire (Обломок империи). Dans ce long-métrage, un homme perd la mémoire pendant la Première Guerre mondiale, pour ne la retrouver que quelques années après la révolution d’octobre 1917. L’homme se retrouvera donc en complet décalage avec les changements qu’a connus l’histoire. Ceci avait pour grand intérêt de mettre en évidence sa peur du châtiment et sa soumission, proche de l’esclave, au pouvoir en place sous les tsars, choses qui n’ont évidemment plus cours en URSS. Le lien avec Le Vieux Khottabych est évident, puisqu’il s’agit de la même astuce, mais déguisée dans un très beau film pour enfants.

Khottabych, incarné par l’acteur Nikolaï Volkov (que l’on retrouvera dans le conte romantique Les Voiles écarlates de Ptouchko en 1961) est un génie certes puissant, mais emprunt de son époque. Son savoir, sa mentalité, ses repères culturels et son idéologie sont dominés par l’Islam médiéval, période et civilisation dont il est issu. La trouvaille est géniale ! Pensez-donc, non seulement la présence d’un génie sera prétexte à un beau divertissement enchanteur, mais il servira en plus à glorifier l’URSS à chacune de ses actions.

Le détournement du génie sera de deux ordres : l’un comique et le second directement idéologique. Mais soyons honnêtes, même quand c’est drôle, l’idéologie n’est jamais loin.

Évoquons le début du film, où Khottabych, obéissant aux codes de sa caste, se met au service de son sauveur, Volka. Il ne va cesser de vouloir lui faire plaisir. Ainsi, lors d’une interrogation orale sur la géographie de l’Inde à l’école, le génie répondra pour l’enfant, mais en faisant une description antique. Comme celle d’une Terre plate supportée par trois éléphants sur une tortue… La première réaction des professeurs est de renvoyer l’enfant chez lui le pensant souffrant.



Un autre moment amusant voit le djinn découvrir l’électricité. Il s’amuse à cliquer sur l’interrupteur d’une lampe en disant « Lumière ! Éteint ! Lumière ! Éteint ! », tel Jacquouille dans le film Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré en 1993 !



Rien que ces deux passages nous éclairent sur la fonction du génie Khottabych. Loin d’être un simple amusement, il va surtout servir à témoigner de l’avancée technologique et idéologique de l’URSS. Ainsi, les deux situations exposées sont comiques, mais elles ridiculisent également le djinn (et donc son système de valeurs) dont le savoir ancien et la naïveté renforcent son manque de connaissances modernes et son archaïsme. Mais le film va encore plus loin.

Comme je l’ai dit, Khottabych veut faire plaisir à son maître. Cependant, sa conception du plaisir obéit, encore une fois, à la période médiévale islamique. Cela dit, soyons honnêtes, derrière le rideau de l’Orient, c’est bien évidemment les États-Unis et leur capitalisme qui sont visés. Donc Khottabych, pour donner satisfaction à son maître, va forcément penser à la richesse. Il lui offre donc un somptueux palais oriental l’occasion d’un très beau matte painting). Mais Volka, pétrit d’enseignement communiste méprise la richesse et la propriété. Il lui demande de le donner à une institution ou un club. Cela dit, le reproche, même s’il survalorise l’idéologie soviétique est pertinent. À quoi bon un immense palais pour une personne ?



Déçu de cette tentative avortée, le génie persiste néanmoins. Cette fois, il offre à Volka une caravane de chameaux, d’éléphants et d’esclaves qui transporte des épices. Mais encore une fois, le pionnier s’y opposera, en assénant avec un grand sourire une phrase lourde de sens : « Je préfère mourir que d’être un spéculateur ! » On touche là au summum de la démonstration du film. Le génie ne comprend pas que les valeurs de sa civilisation fondée sur la richesse, la propriété ou encore l’esclavage n’ont plus cours ici. Il devient, malgré lui, tout ce que l’URSS a essayé de faire disparaître. Il n’est catapulté au XXeme siècle que pour constater son impuissance et pour être ridiculisé au profit de la glorieuse nation soviétique.



Même la magie (merveille des merveilles) est tournée en dérision. Dieu sait que la nomenklatura se méfiait de la magie, du mysticisme et de tout ce qui pouvait échapper à son pouvoir, tout ne doit qu’être raison et savoir. C’est pour cela que la magie du génie va être écrasée par la technologie soviétique. Khottabych essaye de faire plaisir à son maître en créant une cabine téléphonique afin que l’enfant n’attende pas dans la queue. Seulement, le téléphone est en marbre, y compris l’intérieur. Il veut même créer un avion en marbre… Mais de telles créations ne serviraient à rien, à part pour les vendre, car il y manque le principal : la technologie ! Et le vieux djinn n’y connaît rien… La technologie a remplacé en quelque sorte la magie, la reléguant justement à des contes, à des temps anciens ou à de l’amusement. C’est même ainsi que va se finir le film…

En effet, le génie ne trouvant pas sa place dans une société où il est manifestement has been, est relégué au rang de vieil original, de témoin d’une époque révolue, de reliquat d’un passé abolit, de vieux sénile limite fou. C’est ainsi qu’il finit dans le seul endroit où il peut encore être utile : au cirque ! Il devient fakir pour amuser les petits enfants et leurs parents. Alors d’accord, il est devenu utile, mais c’est un peu comme s’il finissait dans un musée… Cela me rappelle le film hispano-argentin de Jorge Darnell : Les temps sont durs pour Dracula (1976). Dans ce film, le célèbre vampire et son château deviennent, à cause de problèmes financiers, une attraction pour le public (tiens, comme notre ami génie). Pire encore, l’histoire se déroulant à notre époque matérialiste et pourfendeuse des anciennes croyances, Dracula perd sa raison d’être, plus personne ne le croit, il est d’un autre temps… Il finira ainsi par trouver un réconfort dans un asile d’aliénés où les pensionnaires le croient enfin quand il dit s’appeler Dracula… Des gens qui prétendent être Napoléon ou autres… Bien triste ! Pour moi, le parallèle est très clair avec Le Vieux Khottabych qui voit le génie éponyme trouver un réconfort illusoire mais salvateur dans une troupe de cirque. Une fin qui peut sembler triste si vous analysez le propos…



Vous avez pu voir la différence qu’il existe avec les films de contes classiques. Ici, le propos est tout autant divertissant qu’éducatif. J’aimerais citer deux autres films au contenu relativement proche.

Le premier est Le conte du temps perdu (Сказка о потерянном времени) du célèbre Alexandre Ptouchko. Dans ce film, sorti en 1964, les héros sont également des enfants. On retrouve un mélange de conte et d’éducation. En effet, quatre méchants sorciers décident d’arrêter de vieillir. Pour ce faire, ils vont voler le temps perdu des enfants. Il faut comprendre cela au premier degré. Le « temps perdu » correspond au temps d’amusement des petits. Par exemple jouer à la marelle, faire l’école buissonnière, s’amuser avec l’eau… Tout cela est du temps perdu qui peut être pris. Une fois ce temps récupéré, les enfants se mettent alors à vieillir tandis que les méchants rajeunissent. On verra alors le héros principal bien handicapé une fois devenu « grand ». Ses congénères, le prenant pour un adulte, vont lui confier des tâches, mais comme il a été un fort mauvais élève, il lui manque des connaissances. Ne sachant pas bien compter il ne pourra pas faire un bon vendeur, ni un bon chauffeur de grue et ainsi de suite… En gros, il ne fera pas un bon citoyen, ni un Soviétique. On peut même voir dans le film une allusion directe à la Cigale de la fable La Cigale et la Fourmi de La Fontaine. Le point d’orgue est atteint quand on apprend que la phrase magique nécessaire pour entrer dans la cabane des sorciers est la suivante : « Tout son temps pour travailler, une heure pour jouer. » Si vous n’avez pas compris le message… Le film demeure pourtant fort plaisant grâce au travail artistique et aux effets spéciaux de Ptouchko.

J’aimerais évoquer maintenant un autre film moins connu : Le Mystère de la Porte en Fer (Тайна железной двери) réalisé par Mikhail Yuzovsky en 1970. Le film, moins réussi que les deux précédents, mérite quand même d’être abordé rapidement, puisqu’il est de la même race. C’est un mélange de conte fantastique et de science-fiction (présence d’un robot dans la seconde partie). Un enfant, peut exaucer grâce à des allumettes magiques tout ce qu’il veut. Ce qui est abordé principalement dans le film, c’est l’irresponsabilité de ses actes. En effet, l’enfant peut décider tout et n’importe quoi pour satisfaire ses envies. S’il voit que cela pose un problème, il casse simplement une autre allumette pour défaire le souhait précédent. Ce qui lui permet en somme de ne jamais assumer ses fautes et son avidité. Le film s’en prend également à la flatterie et au narcissisme. Ainsi, un jeune enfant vit tout seul sur une île, entouré de ses portraits, bustes et autres objets à son effigie et a pour compagnon un robot qui passe son temps à le flatter… Évidemment, le héros principal apprendra que l’envie, la gourmandise, la flatterie ou la paresse ne sont pas bien, mais que la modestie, l’honnêteté et le travail c’est mieux. Mais, après tout, le but est d’inculquer des valeurs, qu’elles soient universelles ou soviétiques.

Toutefois, de ces trois films, c’est clairement Le Vieux Khottabych qui va le plus loin. Pourtant, le film est aussi un émerveillement de tous les instants. Les effets spéciaux (néanmoins inférieurs à ceux des films de Ptouchko) sont variés et bien faits, qu’ils soient mécaniques, optiques ou bien des incrustations…



Le réalisateur du film, Gennadiy Kazanskiy, était en effet réputé pour ses effets spéciaux et son talent dans le cinéma populaire. Il est en particulier connu pour un film fantastique/science-fiction : L’Homme-amphibie (Человек-амфибия) sorti en 1961. Le film est remarquable pour ses décors et sa très belle photographie. Mais le point fort du film est son ambiance romantique, naïve, typique de la science-fiction soviétique, un mélange de conte, de poésie et de romantisme désabusé. Il est à voir !

Enfin, sa réalisation la plus connue est certainement le film La Reine des neiges, adaptation du conte éponyme (Снежная королева) sorti en 1966. Certains plans sont magnifiques, en particulier la demeure de la Reine des neiges vers la fin. La naïveté, la critique et la morale sont toujours de rigueur dans ce film, mais encore une fois, n’est-ce pas la vocation d’un conte ? Les artistes d’Europe de l’Est étaient vraiment doués pour les contes au cinéma. Beaucoup de ces films ont fait l’objet d’un soin certain et permettent de les ériger parmi les plus beaux du monde… Que ce soit en URSS ou dans d’autres pays de cette région comme la Tchécoslovaquie. Et malheureusement, ce cinéma semble parfois « oublié » dans les livres traitant de cinéma russe et soviétique comme le souligne Christian Lucas dans son excellent bonus de 26 minutes sur le DVD Le Vieux Khottabych. Ces livres préférant traiter des réalisateurs « prestigieux » et plus « intellectuels » comme Sergueï Eisenstein ou Andreï Tarkovski. Un constat amer qu’avait également souligné Nicolas Bonnal, l’auteur du livret qui accompagnait la sortie du film de Ptouchko chez Artus Films dans un joli mediabook DVD/Blu-ray : Le Conte du tsar Saltan (1967).

Il est plus facile de retenir des films politiques et de propagande quand on veut créer un ennemi, que des films de contes merveilleux pour adultes et enfants pourtant tout aussi fondamentaux dans la culture russe, même bien plus. Mais cette richesse humaine et culturelle n’est pas intéressante quand on veut démontrer que l’autre c’est le mal…

Parlons-en de cette propagande… Comme le concluait le documentaire d’Arte : Une guerre froide très animée, le vrai vainqueur de la guerre froide, c’était Disney… et donc l’imaginaire américain et son mode de vie. Alors, plutôt que de taper toujours sur la propagande soviétique, ne pourrait-on pas voir la poutre qu’il y a dans l’œil de l’Oncle Sam ? Aujourd’hui, notre mode de vie, nos décisions même sont grandement influencés par le pays de la liberté. De fait, la propagande était également très présente dans leur cinéma et même beaucoup plus vicieuse, car dissimulée. Quid des super-héros ? De la propagande.

Or, même s’il est vrai que les Soviétiques étaient très forts dans le cinéma de propagande, au point d’en faire un art du montage cinématographique, ils étaient souvent sincères. Les réalisateurs, du moins ceux des débuts : Dziga Vertov, Vsevolod Poudovkine ou encore Sergueï Eisenstein y croyaient. Ce qui donnait de la force à leurs films, ce n’était pas seulement le montage, c’était cette profonde sincérité, cette foi en l’avenir ! Une sincère naïveté qui a survécu puisqu’on la retrouve autant dans les films de conte que pour enfants.

C’est bien cette naïveté touchante, jamais dissimulée et presque innocente qui frappe quand on voit des films comme Le Vieux Khottabych. Si j’ai beaucoup insisté sur l’aspect indiscutablement idéologique du film, je n’ai pas évoqué le principal : l’utopie du bonheur.

Ce qui fait que ce film (comme les autres) frappe, c’est son absolue sincérité, il ne cache pas son message. Il s’affiche avec premier degré à l’écran. Les sourires des enfants ne sont jamais malsains, ils sont crédibles car ils croient en leurs propos. Il y a une honnêteté qu’on retrouve peu chez les Occidentaux, une espèce de mélancolie devant ce bonheur affiché, espéré, mais qui ne vint malheureusement jamais. On parle parfois de l’URSS comme de la dictature des images, et c’est tellement vrai ! La révolution a finalement plus réussi au cinéma que dans la réalité. On sait bien que le bonheur et la société utopique présentés dans des films comme Le Vieux Khottabych ne sont pas conformes à la réalité, mais ce qu’on retient surtout, c’est le regret abyssal qui semble se dégager de ces films. Celui d’un bonheur de vivre une réelle utopie qui aurait pu naître, mais qui sera tuée dans l’œuf. Ces films respirent une immense mélancolie et un profond sentiment d’avoir gâché une occasion merveilleuse, celle de faire de la vie un conte de fée comme disait Staline…

C’est probablement pour toutes ces raisons que se dégagent de ce film une telle gentillesse et une si forte émotion malgré l’argumentation mise en place. Il y a un je ne sais quoi de profondément naïf, un sentiment d’inachevé…

Je finirai en évoquant le travail d’Artus Films. Non seulement, l’édition propose le film en DVD et en Blu-ray, mais également en version française et en version originale sous-titrée dans un joli packaging. Le film est très net. Les bonus sont composés d’un diaporama, d’une bande-annonce, et surtout d’une longue présentation du film, de son tournage et de son impact en URSS racontée par Christian Lucas. Il évoque également la carrière du réalisateur, ainsi que l’auteur du manuscrit qui a servi d’inspiration au film : Lazare LAGUINE (Лазарь ЛАГИН) apparemment connu pour ses œuvres à destination des enfants et de travaux engagés en faveur du communisme. Et comme tout est connecté, on apprendra que l’homme a également été le scénariste de films d’animation.

Au final, je ne remercierai jamais assez Artus Films qui depuis quelques temps nous fait découvrir des films d’Europe de l’Est : URSS, Tchécoslovaquie, Allemagne de l’Est… Des films qui étaient très durs à trouver il y a encore quelques années. Pourvu qu’ils continuent ce travail passionnant avec de belles éditions et des bonus toujours pertinents.

Je vous encourage à découvrir ce film d’un temps révolu où magie et éducation pouvaient se mélanger dans un tourbillon d’images merveilleuses. Vous vous souviendrez longtemps de l’attachant jeu d’acteur de Nikolaï Volkov dans le rôle de Khottabych !

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